Camille Jansen, la promesse d’une grande voix rock et sensible

À 22 ans, elle sort un premier EP à fleur de peau, enregistré dans une Californie qui l’a faite rêver pendant des années. Au-delà du fantasme, les chansons de Louise dessinent une personnalité au plus près de ses sentiments, inspiré par l’esprit des années 60 et 70.

Elle sort son premier EP sans tapage, presque sur la pointe des pieds. Pourtant, Louise (1), le premier disque de Camille Jansen, détonne dans le paysage musical actuel. À 22 ans, la Française a davantage été inspirée par des sons hérités des grandes heures du rock et de la folk anglo-saxonnes que par les synthés, ou les beats urbains si chers à sa génération. On décèle même un peu de Portishead dans sa voix puissante, dont les nuances épousent les tourments les plus intimes, chaque blessure, chaque interrogation.

Egalement mannequin, Camille Jansen a vécu un an en Californie où elle a enregistré son album. Une parenthèse enchantée qui, pour elle, a tout changé, et fait d’elle et de son disque ce qu’ils sont aujourd’hui. Pour nous, elle revient sur ce qui l’a forgée. Rencontre.

Reprises et road-trips

Madame Figaro .- Qui vous a transmis l’amour de la musique?
Camille Jansen .-
Elle est là depuis que je suis toute petite. Pourtant, personne dans ma famille n’en fait, à part mon père qui a fait partie de chorales gospel. Mais à 6 ans, je faisais de petits concerts dans ma chambre, en me fabriquant des costumes avec ce que je trouvais. À 12, j’ai commencé à prendre des cours avec une chanteuse d’opéra qui m’a appris de nombreuses techniques de respiration. C’est un peu là que tout a commencé : j’ai participé à de nombreuses soirées «talents» de mon école, à Maison-Laffite, seule puis avec mon frère, qui avait un petit groupe : on reprenait des titres de Drake, Foster The People ou Amy Winehouse, qui reste une grande inspiration. Mais j’ai commencé plus sérieusement quand j’ai eu 17, 18 ans. J’ai appris à jouer du piano en regardant des tutos sur Youtube : j’essayais de faire des reprises de morceaux que j’aimais, et ensuite, j’utilisais leurs accords, je les mélangeais pour créer mes propres chansons.

Votre père est britannique : en quoi cela a-t-il contribué à votre culture musicale?
J’ai des souvenirs de vacances, avec mon frère et lui, pendant lesquelles on partait en road trip en écoutant du Santana, les Arctic Monkeys, des choses comme ça… C’est resté. J’ai aussi grandi dans une école internationale : j’ai toujours côtoyé des gens qui viennent de partout dans le monde.

Qui étaient vos artistes phares à l’époque?
Amy Winehouse, toujours, et Alicia Keys, que j’aimais beaucoup. Beyoncé était mon idole quand j’avais 14 ans. Puis j’ai déménagé à Los Angeles à 19 ans, où j’ai vécu un an : j’y ai énormément appris, en compagnie d’amis qui font de la musique. C’est là-bas que je me suis plongée dans les classiques comme Bob Dylan, Patti Smith, et même dans de la country : Waylon Jennings ou Johnny Cash… Tous m’ont beaucoup influencée.

Pourquoi ces chanteurs de country vous inspirent-ils autant?
Ils écrivaient des histoires d’une manière simple et sincère, tout le monde peut se retrouver dans leurs chansons. Mes textes, c’est un peu comme ça que j’essaie de les écrire : raconter des histoires à partir de choses qui me sont arrivées, de personnes qui m’ont entourée. J’écris comme une thérapie, pour sortir de moi-même.

Camille Jansen et le producteur Sacha Rudy à Los Angeles pendant l’enregistrement du EP Louise.

La Californie

Pourquoi être partie à Los Angeles?
Depuis que j’ai 12 ans, je rêve de vivre le «Californian Dream». La première fois que j’y suis allée seule, j’avais 17 ans, je ne sais pas comment ma mère m’a laissé faire! Là-bas, j’ai signé avec un contrat de mannequin avec l’agence Next, ce qui m’a permis d’avoir un visa. J’étais prête : je suis très indépendante, je n’ai jamais le mal du pays. Et j’aime être seule, partir à l’aventure. La culture américaine, je crois, a toujours été très présente dans ma vie, ne serait-ce que par les séries télévisées, la musique ou sur YouTube. Cette culture «west coast» avec la plage, où il fait beau et où tout est très chill…. Je ne sais pas pourquoi, ça m’attirait tellement qu’il fallait que j’y aille.

Qu’écoutiez-vous quand vous avez composé votre EP?
À l’époque, je regardais énormément de documentaires : j’en ai vu de géniaux sur Quincy Jones ou sur la tournée des Rolling Stones en Amérique du sud. J’ai lu aussi beaucoup de biographies sur des musiciens comme les Beatles, Keith Richards, Janis Joplin. Ou Wonderful Today, le livre de Patty Boyd, qui fut l’épouse de George Harrison et a donc vécu avec les Beatles. Ça m’a beaucoup inspirée : tout ce qu’ils faisaient se passait plus spontanément. J’aime cette époque parce qu’il pouvait arriver que les musiciens jamment entre amis, selon les envies, plutôt que de tout planifier, ce qui me stresse plus qu’autre chose. Aujourd’hui la musique est un business, il faut passer par des étapes obligatoires, plaire absolument. Or pour que je me sente fière de ma musique, il faut que je sois focalisée sur le son que j’ai envie de faire, et pas me demander si les gens vont l’aimer.

Le son des années 60, 70 vous a-t-il aussi inspirée?
Oui, je ne voulais pas d’un truc trop pop. Ce qui sort aujourd’hui ne me parle pas énormément. Ce que j’avais en tête, c’était un son plus rugueux, un peu vintage.

Indépendance

Qui est Louise, le personnage qui donne son titre à votre premier single, et à votre EP?
Louise est mon deuxième prénom. Cette chanson, c’est un peu moi contre moi-même : d’un côté, une meilleure version de moi-même, que je voulais être à l’époque. Et de l’autre, moi, Camille. Louise, c’est quelqu’un qui ne laisse pas les choses lui échapper, qui sait quoi faire, n’a pas peur du conflit… Quelqu’un qui «comes and goes, as she pleases» («qui va et vient, comme elle le sent», NDLR)… Aujourd’hui, j’essaie plutôt de vivre ma vie comme ça, de ne pas me laisser parasiter par des choses qui ne servent à rien, par de l’énergie négative, qui me ferait stagner. D’avoir fini cet EP, d’avoir surmonté mon stress d’entrer en studio m’a permis d’extérioriser ma vulnérabilité. Et de l’accepter.

Aujourd’hui qui sont les artistes que vous écoutez?
Fiona Apple et Sade. Pour leur voix, leur intensité. Et leurs textes qui, eux aussi racontent des histoires. J’ai aussi découvert Alice Phoebe Lou, une musicienne sud-africaine qui m’a sauvé la vie, pour la joie que dégagent ses chansons. J’aime aussi Willow Smith, pour son indépendance. C’est ainsi que j’ai envie de mener ma carrière.

(1) Louise, de Camille Jansen, autoproduit.

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